samedi 12 décembre 2009

Le Coeur Abandonné















Dans une grande gare éteinte et immobile,
Mon cœur saute et s’ébroue, petit cœur affamé.
Canasson jaillissant dans le froid de la ville,
Mon cœur se mire aux flaques, ô ! Cœur abandonné !

Râlant, fumant, claquant des sabots sur le marbre,
Mon cœur s’éprend de tout, petit cœur affamé.
Du gris sale du ciel, de son eau que les arbres
Agrippent en riant, ô ! Cœur abandonné !

Montrant ses deux oreilles au soleil impassible,
Hennissant de plaisir, mon petit cœur charmé
Esquisse un pas de danse, oublie d’être irascible
Et joue comme un enfant, ô ! Cœur abandonné !

Cauchemars

De sombres cauchemars aux accents familiers
Me hantent certains soirs. Je m’y vois tour à tour
Suspecté, condamné, suspendu par les pieds,
Pathétique et pleurant, réclamant que le Jour

Nouveau me vienne en aide, me sorte du guêpier !
Arrache de ma peau les sangsues déjà pleines
Que mon pauvre esprit dégénéré, fou à lier
Fait pousser à l’envi sur mon noir abdomen.

Mais la nuit, chat jaloux, me tient entre ses pattes,
Enfermé, froid et nu, dans un trou sans lumière.
Mon âme prie, idiote, et mes doigts tremblent et grattent
Au hasard ! Et j’entends qu’on rit de mes prières.

D’autres fois, dérivant dans un manoir immense
Je butte sur des corps, j’agrippe des nuées,
Je sue, je crie « Assez ! », puis de rage je lance
De virtuels cailloux vers de faux macchabées.

Quel effroi je ressens quand dans mon lit le soir
Apparaît près de moi cette vieille fripée,
Que ses longs bras me touchent, que ses yeux dans le noir,
Sont deux lunes blanchâtres expirant de la craie !

Hier un cauchemar plus sombre et plus mauvais
M’a fait cracher des seaux de fiel et de douleur.
On m’y disait « Adieu, pour la dernière fois ! »
Et l’Amour me laissait à mon sang et mes pleurs.

A ceux dont le sommeil est d’une paix divine,
Priez pour qu’il le reste et laissez-vous bercer.
Le mien n’est qu’un grand lac aux vagues assassines,
Et les nuits sont pour moi de longues traversées !

L'Ennui

I.

L’ennui est là, d’abord, qui sirote son verre,
Observe et prend le pouls de tous les caractères.
Invisible animal assoiffé de tristesse,
Toujours prêt à bondir en vue de la jeunesse,

Il investit une âme adolescente, un soir
Et dit : « Ecoute, toi qui ne vis que pour boire
Et danser, et briller, qui prends ce qui te tente,
Ecoute ! Si tu pleure et ris quand ça te chante.

Il lui chuchote alors un seul mot à l’oreille,
Un mot parmi cent autres, à nul autre pareil.
Il le dit une fois, et inscrit en douceur
Les lettres de l’Ennui dans ce cerveau sans peur.

II.

Et déjà le jeune homme y pense en se levant,
Ne l’oublie plus du tout, s’amuse moins souvent,
S’ennuie d’aimer, se traîne et maudit l’existence,
Va de droite et de gauche, en oublie l’espérance.

Il se plaint souvent que tout va de mal en pis,
Et l’Ennui lui répond « Par ici, par ici ! »
Comme un bourreau sadique agitant la potence,
Allonge le supplice et murmure « Patience ! »

Et l’attente commence, et l’homme est aux abois,
Se marie quelque temps, divorce, mais pourquoi ?
Il renie ses amis en des accès de rage
Et tourne infiniment comme un lion en cage.

Il lit, s’éprend d’histoire et de littérature
Etudie la physique, étale sa culture
En des dîners mondains qui bientôt l’insupportent.
Il voudrait partir loin mais s’arrête à sa porte.

Qu’il devienne marin, rejoigne les Marquises,
Elève des pingouins au bord de la banquise,
L’Ennui est avec lui, partout ! Même sous terre !
En chaque vent glacé, chaque coup de tonnerre !

Et l’homme le supplie, lui demande parfois :
« Quand t’en vas-tu ? » L’Ennui : « Je serai toujours là ! »
Et le martyr, en vain, de prier : « Que l’on m’aide ! »
Que la vie m’abandonne ou me donne un remède,

J’étouffe ! »




















III.

« Et tu te noies, tu meurs, et je gambade !
J’établis mes quartiers dans ton cerveau malade !
J’y suis chez moi, j’y vis, ton âme est ma maison,
Je peins les noirs tableaux qui couvrent tes plafonds !

Quand tu te plains, je ris !» dit le vieux trouble-fête.
« Quand ta femme est partie, je chantais à tue-tête,
Et te savoir souffrant me rend plus délectables
Encor, les odieux tourments dont je t’accable. »

IV.

Mais il y a des gouffres dont même l’Ennui
N’ose pas aller voir les ténèbres et la suie.
Et tout Être soumis aux deux lois implacables
De Spleen et de Folie, sa sœur incontrôlable,

S’en ira voir un jour si par-delà les eaux,
Dans quelque nouveau ciel ou dans un vieux tombeau,
Dans les contrées divines où siège Lucifer
Il ne fait pas meilleur qu’ici bas sur la Terre.

Et par un bon matin de printemps, à l’aurore,
L’homme ira dans les champs couverts de blanc et d’or
Il ne sentira rien, il n’écoutera pas
Soleil, Azur en paix, enfants aux légers pas.

Et son visage pâle aura tout accepté
De l’Ennui, de la Mort qui vient le contrarier.
Il saura que s’il fuit, s’il rompt et qu’il s’écarte,
C’est pour l’Eternité, l’exploration sans carte !

Metkovic

Entre des troncs fripés, jetant ses pauvres armes,
Sur des chaises cassées s’assoit mon pauvre corps.
J’entends de l’horizon fracassé le vacarme
Et je tombe transi. Mais là, dans le décor

Retentit une marche nuptiale, ironie !
Dans ces pays meurtris, et qui lèchent encore
Les plaies froides et crues d’un passé que renie
Le vigoureux maintien des routes et des ports.

Sous des plafonds de craie je cours entre les gouttes
Et je ris de penser à l’astre du matin,
Banni de ces contrées, assailli par le doute
Le Soleil ! Que l’on nargue en se lavant les mains.

Metkovic, animal usé, vieux débris !
Je cherche entre tes murs ton cœur mystérieux,
Ta pluie pèse et me tue, je hais tes grands fronts gris,
Mais tu fais naître en moi des lendemains radieux !

Sonnet de la pudeur

Elle est ma sœur et mon tracas, et ma compagne,
Elle tire les ficelles, et mon âme brisée,
Du fond de son cachot, des pavés de son bagne
Obtempère en pleurant, ô ! Pudeur avisée !

Je suis son obligé, son serviteur aimable,
Voleur obéissant aux ordres du parquet.
Ses désirs sont les miens, Cléopâtre irritable
Et je pleure en secret les occasions manquées :

Le vice inavouable et l’ombre improvisée,
Les femmes que mon corps brûlant voulait toucher
Quand cette puritaine et ses faux airs de sage

S’emparait de mes membres et les faisait trembler !
Alors, horrible ancêtre, ayant pris cent ans d’âge,
Honteux de ma Pudeur, je courais me cacher !

Venise















Les innombrables stupeurs ! Le décadent plaisir des yeux , sur ces canaux verticaux que traverse une pluie toute oblique. Ne faire plus qu’un avec l’élément global, la somme de tout, ciel bas, goëlands, marins, boutiques ! Faire autorité sur le monde et sur soi-même. Ne plus entendre les supplications de la ville au touriste débutant, l’appel de la mer salie et dédaigner les embruns qui fouettent le visage. Demi-tour, et demi-tour encore, sans cesse, à jamais, pour être bien certain de ne jamais arriver nulle part !

Turin - Séquence ultragauchiste


Le digne émolument des Turinois obèses
- Mais pourquoi non, enfin, il faut bien se nourrir -,
Siphonne allègrement le réservoir de pèze
De la ville où l’on voit les pauvres gens mourir.

La Piémontaise allure aux abords de Turin,
Collines arrondies, rebondis portefeuilles,
Où de beaux commerciaux remuent leurs popotins,
Affichant leurs putains, nous narguant sur le seuil !



mardi 13 mai 2008

Il ne fait pas très bon avoir dix ans ce soir

Fraternelles, mes sœurs ne le sont pas, c'est sûr,
mes frères sont cupides et leurs manières sont dures,
Et quand j'entends ma mère crier derrière ma porte,
je murmure en dedans : "que le diable l'emporte ! "

Mon père est un violent ; un grand ogre à l'ancienne,
Féroce et revanchard, sa puissance est martienne
Et son poing peut briser plusieurs os à la fois.
Mon dos et mes deux bras en témoignent pour moi.

A l'école on m'insulte, on rit derrière mon dos,
Les grands n'arrêtent pas de me traiter de sot,
A la récréation le temps pour moi s'arrête,
ils me mettent des coups de talon dans la tête.

Et même la maîtresse a ri hier au soir,
de me voir à genoux, en proie au désespoir,
je suis rentré saignant, et puis à la maison,
on m'a laissé pleurer derrière les frondaisons.

Il ne fait pas très bon avoir dix ans ce soir,
mes amis, en cadeau, m'ont mis un entonnoir
jusqu'au fond de la gorge. Il est rempli d'essence,
J'ai mal un peu partout et je pleure, et je pense,

à la mer. Aux oiseaux, au senteurs printanières
que je ne connais pas, à la forêt légère,

et je pense aux longs pieux que je mettrai un jour,
au fond des deux grands yeux du monde qui m'entoure.

mardi 6 mai 2008

Il n'y a que des bonnes raisons - Maud de Lassus

en réponse à cela:" Tous les jours, le grand réservoir de la jeunesse
Est siphonné! Il ne reste rien de ces années".

Est ce que être adulte signifierait
Se saôuler aux larmes d'une jeunesse oubliée?
Autant que les mémoires d'enfants les souvenirs
Se renouvellent et fuient avant de mourir.

Celui de l'adulte est le plus arrogant
Des âges. Parlons de la vieillesse, le troisième!
Ne dit-on pas qu'il s'agit là de l'enfant
Retrouvé? Amants complices de ces années reines,

Sur le banc des esseulés, entre deux nuages,
Nous verrons les dauphins nager dans du coton
Et les hirondelles carresser l'horizon.
La douce mélodie d'une vieillesse sans âge,

Vertueuse jeunesse jadis ébranlée,
Nous emportera dans le flot des écorchés.
Les yeux ridés de larmes et les joues rosées
Nous embrasserons, ensemble, l'éternité.

Adultes

Nous étions à ce jour inconscients du monde !
Et posant des questions éphémères, souvent,
nous nous enfermions dans des délires immondes,
Nous étions jeunes ! enfin, nous étions des enfants.

Il n'y avait toujours pour nous deux que le ciel
en travers, nous avions des pouvoirs de damnés,
s'imaginant voler plus haut que l'hirondelle,
Et l'on riait de nous, dangereux affamés !

Mais la question se pose ici : avions-nous tort ?
L'adolescence est longue et ses désirs sont beaux,
Il n'y aura jamais à rougir de l'effort
que nous fournissions pour apaiser nos maux.

Nous sommes aujourd'hui dans l'indélicatesse
du monde des adultes et des mots assénés.
Tous les jours, le grand réservoir de la jeunesse
Est siphonné ! Il ne reste rien de ces années.

mardi 29 avril 2008

Le non-voyage

I.

Nous avons écouté, patiemment, tant de fois,
les récits passionnants de nos amis rentrés
de pays très lointains ! Nous avons vu les bois,
les odeurs et les mots qu'ils en ont rapportés,

et jamais nous n'avons détourné nos regards !
Il ne faut pas vexer qui ami qui raconte,
il faut le laisser dire, et quand il se fait fait tard,
demander encore plus, oublier le décompte

des heures qui nous pèsent ! Et quand on veut dormir,
il faut veiller ! D'ailleurs, il ne comprendrait pas
que nous n'écoutions pas ce qu'il veut bien nous dire,
il chante encore des villes et des femmes et des mâts.

II.

Vous, métropolitains permanents, nationaux
engoncés dans l'ennui de vos villes immenses,
Buvez ce fort breuvage, droit sorti des tonneaux
que nous avons volé aux arabes sans défense.

Regardez nos bronzages, admirez nos coiffures,
C'est la mode au Brésil, c'est ainsi au Japon,
Savez-vous qu'ils n'ont pas là-bas de vide-ordures ?
Eh, il faut voyager pour ne pas rester con !

Vous êtes silencieux : vous êtes captivé !
Par tout ce que j'amène et qui vous paraît grand,
et exotique, superbe ! Puisque vous insistez,
Je vous mets sous le nez mes photos des Balkans.

Il faut que je vous dise les drôles de manières
qu'ont les hommes là-bas ! Ils parlent un patois
qui vous aurait fait rire. Les femmes sont si fières,
qu'elles enferment leurs courbes en de gros draps de soie.

mercredi 16 avril 2008

En réponse à cela

" Il n'y a pas de modèle pour celui qui
cherche ce qu'il ne connaît pas. "

Mais il y a des marchands en habits de couleur,
Adossés à nos peurs et rêvant de jeter
des idées apaisantes au cœur de nos folies.
Leurs modèles si pâles, si tristes les réponses
qu'ils nous donnent ! Ils rêvent que l'on rêve d'oubli.
Ils dictent des modèles aux contours définis.
Ils crient, affirmatifs, et savent, et sans semonce,
nous saoulent et nous endorment et nous laissent sans vie.

Il ne faut pas laisser les troubles enfantins
A la merci de ceux qui, savants éconduits,
ont autant de réponses que nous avons d'ennuis.

Comprends-tu, Maud, amie, le péril où nous sommes,
La quantité d'efforts que nous devrons fournir
pour laisser de côté l'envie de les punir ?

Les mauvais orateurs aux mauvaises morales ?
La troupe aux cent sermons, qui soufflent à nos pieds,
et nous conjurent au fond de joindre leur armée ?

Ceux-là qui croient tromper par leur indépendance
Et qui rampent aussitôt que le vent a tourné,
ils ont de l' Idéal une idée mal formée !

Attention, il y a là de quoi perdre la tête.
Parlons amour, dansons, rêvons de courtes guerres
et de nos langues sèches apaisons ces échos.

En haut de dix Everests, au fond des sombres mines,
Il n'y a rien de pire qu'un homme qui rumine
Une idée à laquelle il n'est pas préparé.
Je ne vois pas les hommes, et je sais leurs pensées.

vendredi 11 avril 2008

La poésie ça pue - Romain Batiste

Baudelaire est un démon

Et Rimbaud un idiot

Verlaine un détritus

Mallarmé détruit tout

Quand on cherche les mots

Faut savoir mélanger

La fange et la panure

Baudelaud dit des miots

Et Rimbaire dis : dis donc

Vermais se rubiconne

Mallaraine dédéduit :La poésie ça pue !

jeudi 13 mars 2008

Pluies

Le ciel est très étroit,
mais ses couleurs sont vives.
Qu'il soit à l'intérieur
ou dehors, que l'on vive !

N'ayons plus de paupières,
et caressons d'un œil
ouvert, ce gris manteau,
si lourd ! Et qui endeuille
l'esprit. A coups de pierres,
mouillées et accablantes,
le ciel ! Le ciel si fier,
nous défie et nous tente.

jeudi 28 février 2008

Ecrivains

Où chercher dans l'esprit, que chanter, que choisir ?
Qui croire et qui maudire. Que laisser de côté ?
Quelle idée n'est pas digne, et quels mots trop abstraits?
Pour les faiseurs de lignes, ah ! Comment en finir ?

Divaguant, mal-aimées, de ces questions qui mirent,
Lesquelles à laisser là, sur ce papier penché ?
Où planter les assauts, qui lasser, où marcher ?
Tout ce que pleure l'âme, qu'a-t-on bien à en dire ?

Maisons scellées, hautes murailles, philosophies !
élans du cœur, Amours ! Et tristes conclusions,
Désirs à peine ouverts, naïves effusions !

Tout ce quotidien blanc, sa fièvre permanente,
retient les deux poignets, durcit les décisions.
De l'air ! Que l'on respire ! Et bannissez l'attente !

Traînée de poudre

Démolition, évolution, création et destruction, matérielle et confirmée, contraire à mes attentes démesurées mais moins démoniaque que tes pensées permanentes. Vis et définis. "Fixe des vertiges". Je mange et dors plus que je ne devrais vraiment. Je souris et souffre d'un même élan fragile. Reste à s'agripper à une chevelure et à se laisser emporter jusqu'au centre de la bulle. Clandestin, manouche, débile, intentionnellement méchant, comme l'homme qui marche et vomit des pièces sur le pavé. La structure ne détermine plus rien, n'existe plus depuis que la Cour m'a jugé coupable et jeté en prison. Là, en compagnie de mon ami G., j'ai subi un interrogatoire musclé. Le bel homme au pistolet portait un masque de Mickey, avec un sourire dessiné à la craie.

mercredi 27 février 2008

Création d'espaces

Arrête de danser avec mes mots !
Tu les égares. Tu les fatigues.
Tu leur rends la vie impossible.
Juteuse, jouteuse, tu danses avec qui cette fois, catin ?
Où sont les belles choses que tu m’avais promises ?
Où sont les soleils, les prairies, et les enfants qui jouent ?

Quelle arnaque ! J’ai pris des lombrics pour des chatons.
Les jeux que j’attendais si fort sont des calvaires,
Et toi ! La grande, la belle mascarade, une ambulance, voilà.

Il n’y a que la grisaille qui coule entre tes mains.
Tes perles ont des odeurs terribles et solitaires.
Ta vie fait des dessins, et creuse des tombeaux !

Et puis, merde ! Où es-tu quand je te parle enfin ?

dimanche 24 février 2008

Visite

La nuit, aux heures noircies de ma verte campagne,
Quand le vent rit dehors en pleine obscurité,
J'éprouve le besoin béant d'une compagne,
D'un "Amour...", d'un "Espoir ! ", doucement murmurés.

Tremblant comme un ivrogne, et sortant bien souvent
Mon visage en sueur des draps de mon grand lit,
J'entrevois le brouillard de l'air environnant,
J'y cherche une âme encline à combler mon esprit.

Et soudain la voilà, enfin ! Elle est bien là,
Sa silhouette brune est ancrée dans l'espace
De ma chambre. Elle existe, et tend bientôt les bras
Vers moi qui suis transi. Elle prend toute la place.

Je ne puis distinguer les traits de son visage,
qui sourit ! Je le sais, elle rit comme une enfant.
Ses cheveux bruns sont longs, et volent, et sont des pages,
oh ! La voilà tout près, ses mains sont des romans !

Jeunesse

Savez-vous que parfois l'on se connaît soi-même,
On trouve les chemins qui mènent à nos idées,
On dessine en tout point l'ambiance qui ramène
la vie, au lent galop, des heures de l'été.

Avant, nous dessinions des cerfs, ou des vautours,
Voraces et affreux, autant que des mutants.
Attendant sans désir le grand et bel Amour,
Nous imaginions ses contours délirants.

En jeux et en alcool, notre temps de misère
nous épuise et nous tue ! C'est une immense guerre,
au creux des reins ça tire, au cœur ça déménage !

Nous sommes prisonniers d'une heure non morale,
Voguant sur une ivresse, à jamais de passage.
Jeunesse, ouvre la bouche, et montre tes dents sales !

mercredi 13 février 2008

Enfance

J'étais un enfant sourd de lumière et de bruit.
J'étais une atmosphère en descente, une pluie
perçante, dans les marécages des larges avenues.

J'avais les instincts dérisoires des bêtes.
Passant sous les tunnels, à l'ombre des en-têtes
de fouine ; au son grisant des caniveaux crasseux.

J'habillais sans effort mes deux yeux de douceur.
Et si l'hiver glaçait, vous étiez sans ferveur
contre moi, qui chantais des crises et des états.

Les cuivres audacieux s'affaissaient dans l'espace,
Emplis d'une lumière immobile ; les masses,
Avaient des dimensions de grands chevaux de Troie.