mercredi 8 septembre 2010

Variassons

Je porte des œillères comme mon père et comme ma mère, comme mes deux frères, pas mieux que les quatre hères qui traînent à mon balcon, œillères posées dans l’atmosphère en équilibre, mais précaire. Je porte des fers comme Gulliver et comme Platon, et je respire parfois d’un air sévère, quand je me ressert d’un élan sincère mais désordonné. Je persévère. Je porte l’hiver comme un bâton de marcheur, parfois je me penche en avant pour traire, et je dessine le portrait de Pereire pour un sou de bonheur.

Je suis le con aux botillons marrons, je monte onctueusement les escaliers de ma maison, je n’attends plus de monts et de merveilles aux potirons. Donc, parfois je sonde un ponton devant moi, avant d’y mettre un pas, je me prends pour un colon de Pondichery sous la pluie, je m’imagine à la fois Montaigne et Napoléon, les mains dans le charbon. Montrez moi que l’on peut contenir son corps, que l’on doit foncer surtout quand c’est immonde, et que non, l’on-dit n’est pas contre le pardon. Ne pas sombrer, et ne pas perdre la raison.

J’ai oublié tous les fous cachés dans les oubliettes de cet asile de Ouagadougou. Ici, tout n’est que froufrou foutraque et coups de grisou, et quand je dis « vous », je souffre au niveau du cou. J’avais dit Bouboule sans vouloir trouer sa carapace de bambou : Proudhon l’aurait compris d’un coup. Je saoule avec ma voix sobre et qui roule, qui roule jusqu’au bout, j’outrage à magistrout, j’attroupe à la Bastouille pour défendre mes amis et me la couler douce. Ouille.

Fini les tirs polis, y compris ici où les « oui » sont légions. Fini de dire qu’il y avait pire que Mimi Mathy juchée sur un missile balistique, et qui siffle en fixant l’infini d’un regard bizarroïde. Ils ont compris qu’au fil du temps qui pisse, rien n’y survivra, ni ici, ni ailleurs, ni dans les plis d’un pigeonnant de fille, ni dans les plis d’un fond de piscine triste et alangui. J’imagine le pire et j’y fixe une attente inouïe ; je fais fi de Bibi, ma pomme d’api, qui sans ses épis rouquins ne serait pas digne d’y rester.

L’octroi ne doit pas ouater les octaves entre tes doigts, et tu ne dois pas masquer la ouateur de tes cris d’oie, comme si tu avais les foies d’un autre moissonneur. Sois simple et reste coi tant que l’on ne t’a pas pointé du doigt. Boire c’est bien, y croire c’est mieux. Mieux vaut ne pas savoir si ce soir le feu viendra de ta voix ou de ta raison, et mieux vaut ne pas croire que moi, enfant de peu de foi, je décrocherai de froides étoiles pour toi et pour ta carcasse aux abois.

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