C'est une métairie au milieu de la campagne, quelque part dans le Sud de la France. Vingt kilomètres la séparent de la ville la plus proche. Elle est enclavée entre deux collines émeraudes, et les voitures qui passent sur la route derrière ignorent jusqu'à son existence. La métairie est entourée d'un grand parc, plus ou moins entretenu selon les jours. Dans ce pays le vent souffle très fort, et parfois les habitants de la maison restent cloîtrés à l'intérieur, attendant le retour du calme. En regardant par l'une des fenêtres du rez-de-chaussée on pourra les y voir, groupés sur le canapé, ils portent des chaussettes campagnardes et boivent du vin de noix. Lorsque le temps le permet on flâne dans le jardin, certains se reposent dans un hamac andin, installé en contrebas, à l'abri.
Installé là-dedans, on joue avec le vieux tissu, on regarde ses pieds se balancer au-dessus de l'herbe. En fermant les yeux, on amène à soi les bruits des alentours, que l'on distingue sans mal : le chant permanent de la huppe, nichée dans un trou de mur, et le froissement lointain du feuillage des grands platanes, là-bas, de l'autre côté du champ. On se berce de tout cela. Le matin, très tôt, l'air froid est une caresse un peu trop franche : on frissonne, et l'on rentre vite s'asseoir autour du feu. C'est un pays de vacances.
Le labeur des agriculteurs, aux cultures permanentes, nous est étranger. Leurs tracteurs bruyants et leurs outils métalliques cognent quelque part, non loin de là ; on les entend à peine. On sortira parfois de la métairie, et on ira les saluer. Leurs mains noires seront peut-être occupées à changer une roue, à débloquer une charrue : on serrera leur poignet, alors, en guise de bonjour.
On reviendra ensuite dans la demeure pour déjeuner : on ne badine pas avec l'horaire des repas. Viendra le café, et chacun parlera à son tour. On débattra des histoires familiales, on saluera l'initiative de tel ou tel, avant de retourner à ses occupations.
Cet endroit, loin de tout, est aussi loin de chacun : cette maison, construite par des hommes, les dépasse tous aujourd'hui, et les accueille. C'est un havre de paix.
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