mardi 29 janvier 2008

A Paris

Derrière le fauteuil de la vieille qui criait,
Je lisais le Monde et buvais du thé
Avec un homme rencontré la veille
Dans un troquet

Il y a deux choses, disait-il, qui te tueront,
Le désir et l’assurance, sans doute,
Il m’a resservi une tasse en me disant :
Pas l’ambition

Mon fils mort à la guerre,
Je ne sais même plus son nom,
Ma femme est folle et moi je tremble,
Sans raison

Dehors, dans la rue, j’achète des cigarettes,
Devant un kiosque où le même couple,
Se dispute des centimes,
Pour la soupe

Il n’y a pas de métro à Paris,
Il n’y a que des visages permanents
Des horribles grimaces qui répondent
Aux soupirs des passants

En l’espace de deux minutes,
Mon ami a vomi son rouge,
Un Lagardère descendu à Montrouge
A souri

Un chapeau improbable dépasse
De la masse entassée dans une odeur de crasse²
Elle descend au cinquième arrêt
En grattant son nez

Dans ma rue un ancien m’a dégainé son bout,
Un bout de chair à l’ancienne, et propre, et cru,
Un morceau de choix, une pièce
Comme on n’en fait plus.

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