A.
Certains l'ont dit méchant ; il n'est que malheureux,
Il a creusé un trou et caché son manteau;
La fièvre a déjà pris le meilleur de ses yeux,
Il a claqué la porte et brisé les carreaux.
Soufflant les quatre vents de son esprit malade
Il navigue au hasard d'un enfer à un autre,
Et arrache aux murs blancs des lambeaux, et parade.
Les chairs à l'extérieur, son sang se mêle au nôtre.
Je trouve à son côté l'ambiance mortifère
qui fait tomber de moi la folle envie de faire.
Je m'imprègne, et souvent je rêve d'infini.
Il est un compagnon quotidien, presque aussi
Triste que les anges, il baigne dans de l'eau.
Je ne le tuerai pas, car Dieu est avec lui.
B.
Les enfants qui sont déjà des hommes,
Honteux avant l'heure, pressentent,
L'empreinte terrible du temps sur leur état.
Leurs rides sont atroces, bien pires que chez les vieilles.
C.
Marie, Marie, marions-nous,
Et noue tes mains aux miennes, à moins que je préfère
Que tu les greffes ailleurs.
Faisons un inventaire,
Rapide. Et sois sincère.
Tu dois le décréter :
Ce mariage est un leurre.
D.
J'avais pris soin, au fond du bois, au fond de moi,
D'éteindre la brindille qui me donnait si froid.
J'avais bien dit, à mes amis, à mes envies,
Que ce n'était pas moi, que j'étais bien parti.
Mais j'ai laissé l'envie, le bois, et surtout toi,
vivre au petit bonheur, en se riant de moi.
Je m'suis mis à trembler, j'ai regardé par-là,
Mes pieds fragiles et laids, tout en bas, tout en bas.
E.
Je suis rentré chez moi bien saoûl, et très en vie.
Mes genoux faisaient les bruits de l'hydroglisseur,
Je passais dans les draps comme on va au tapis,
Il n'y a plus de lit, passé une certaine heure.
De silences en silences, j'ai ouvert un passage
Attendu sans envie, dévoré sans méfiance
Creusant en un soupir innocent, qui soulage
Les maux du temps qui passe et qui brasse la France.
F.
Ce n'est pas être enfant que se sentir vivant.
Et si jouer au mort est un aveu terrible,
Il doit venir bientôt, et nous taper dedans.
Tu crèves, tes sanglots te détournent des cibles.
Tu sues, et tes enfers ne sont qu'un mot dément
Sans intérêt vraiment, mais tu crois à tes chances,
d'aller fouler du pied ces terres d'espérance.
Quelle blague! Ton cou est nu, et tes bajoues sont bleues
De douleur Contenue, de trop de temps passé,
A espérer un train qui ne viendra jamais.
Tu gravis à l'envers l'hélice du passé,
et tes amis aussi ont les lèvres gercées.
Ta malette était pleines de promesses! Oui mais,
Ton coeur était déjà pourri de l'intérieur,
Tu riais bêtement aux histoires de tes soeurs.
Tu te tenais les côtes comme on tient une lame,
Et s'affaissant soudain tu te sentais des larmes
Pousser à l'intérieur. Tu étais un idiot.
Il n'y a pas d'espoir où les soirées sont tristes.
Et la misère est là, sous tes yeux , sous ton nez,
Dans ta gueule. Et tu sais, tu rougis d'en parler.
Derrière ton histoire imbécile, et ses filles
de malheur: la vie, la mort et les étés,
Se terre un infini, un dédale où fourmille
L'envie du beau, enfin, la haine du passé.
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