jeudi 28 février 2008

Ecrivains

Où chercher dans l'esprit, que chanter, que choisir ?
Qui croire et qui maudire. Que laisser de côté ?
Quelle idée n'est pas digne, et quels mots trop abstraits?
Pour les faiseurs de lignes, ah ! Comment en finir ?

Divaguant, mal-aimées, de ces questions qui mirent,
Lesquelles à laisser là, sur ce papier penché ?
Où planter les assauts, qui lasser, où marcher ?
Tout ce que pleure l'âme, qu'a-t-on bien à en dire ?

Maisons scellées, hautes murailles, philosophies !
élans du cœur, Amours ! Et tristes conclusions,
Désirs à peine ouverts, naïves effusions !

Tout ce quotidien blanc, sa fièvre permanente,
retient les deux poignets, durcit les décisions.
De l'air ! Que l'on respire ! Et bannissez l'attente !

Traînée de poudre

Démolition, évolution, création et destruction, matérielle et confirmée, contraire à mes attentes démesurées mais moins démoniaque que tes pensées permanentes. Vis et définis. "Fixe des vertiges". Je mange et dors plus que je ne devrais vraiment. Je souris et souffre d'un même élan fragile. Reste à s'agripper à une chevelure et à se laisser emporter jusqu'au centre de la bulle. Clandestin, manouche, débile, intentionnellement méchant, comme l'homme qui marche et vomit des pièces sur le pavé. La structure ne détermine plus rien, n'existe plus depuis que la Cour m'a jugé coupable et jeté en prison. Là, en compagnie de mon ami G., j'ai subi un interrogatoire musclé. Le bel homme au pistolet portait un masque de Mickey, avec un sourire dessiné à la craie.

mercredi 27 février 2008

Création d'espaces

Arrête de danser avec mes mots !
Tu les égares. Tu les fatigues.
Tu leur rends la vie impossible.
Juteuse, jouteuse, tu danses avec qui cette fois, catin ?
Où sont les belles choses que tu m’avais promises ?
Où sont les soleils, les prairies, et les enfants qui jouent ?

Quelle arnaque ! J’ai pris des lombrics pour des chatons.
Les jeux que j’attendais si fort sont des calvaires,
Et toi ! La grande, la belle mascarade, une ambulance, voilà.

Il n’y a que la grisaille qui coule entre tes mains.
Tes perles ont des odeurs terribles et solitaires.
Ta vie fait des dessins, et creuse des tombeaux !

Et puis, merde ! Où es-tu quand je te parle enfin ?

dimanche 24 février 2008

Visite

La nuit, aux heures noircies de ma verte campagne,
Quand le vent rit dehors en pleine obscurité,
J'éprouve le besoin béant d'une compagne,
D'un "Amour...", d'un "Espoir ! ", doucement murmurés.

Tremblant comme un ivrogne, et sortant bien souvent
Mon visage en sueur des draps de mon grand lit,
J'entrevois le brouillard de l'air environnant,
J'y cherche une âme encline à combler mon esprit.

Et soudain la voilà, enfin ! Elle est bien là,
Sa silhouette brune est ancrée dans l'espace
De ma chambre. Elle existe, et tend bientôt les bras
Vers moi qui suis transi. Elle prend toute la place.

Je ne puis distinguer les traits de son visage,
qui sourit ! Je le sais, elle rit comme une enfant.
Ses cheveux bruns sont longs, et volent, et sont des pages,
oh ! La voilà tout près, ses mains sont des romans !

Jeunesse

Savez-vous que parfois l'on se connaît soi-même,
On trouve les chemins qui mènent à nos idées,
On dessine en tout point l'ambiance qui ramène
la vie, au lent galop, des heures de l'été.

Avant, nous dessinions des cerfs, ou des vautours,
Voraces et affreux, autant que des mutants.
Attendant sans désir le grand et bel Amour,
Nous imaginions ses contours délirants.

En jeux et en alcool, notre temps de misère
nous épuise et nous tue ! C'est une immense guerre,
au creux des reins ça tire, au cœur ça déménage !

Nous sommes prisonniers d'une heure non morale,
Voguant sur une ivresse, à jamais de passage.
Jeunesse, ouvre la bouche, et montre tes dents sales !

mercredi 13 février 2008

Enfance

J'étais un enfant sourd de lumière et de bruit.
J'étais une atmosphère en descente, une pluie
perçante, dans les marécages des larges avenues.

J'avais les instincts dérisoires des bêtes.
Passant sous les tunnels, à l'ombre des en-têtes
de fouine ; au son grisant des caniveaux crasseux.

J'habillais sans effort mes deux yeux de douceur.
Et si l'hiver glaçait, vous étiez sans ferveur
contre moi, qui chantais des crises et des états.

Les cuivres audacieux s'affaissaient dans l'espace,
Emplis d'une lumière immobile ; les masses,
Avaient des dimensions de grands chevaux de Troie.

vendredi 8 février 2008

Métairie

C'est une métairie au milieu de la campagne, quelque part dans le Sud de la France. Vingt kilomètres la séparent de la ville la plus proche. Elle est enclavée entre deux collines émeraudes, et les voitures qui passent sur la route derrière ignorent jusqu'à son existence. La métairie est entourée d'un grand parc, plus ou moins entretenu selon les jours. Dans ce pays le vent souffle très fort, et parfois les habitants de la maison restent cloîtrés à l'intérieur, attendant le retour du calme. En regardant par l'une des fenêtres du rez-de-chaussée on pourra les y voir, groupés sur le canapé, ils portent des chaussettes campagnardes et boivent du vin de noix. Lorsque le temps le permet on flâne dans le jardin, certains se reposent dans un hamac andin, installé en contrebas, à l'abri.

Installé là-dedans, on joue avec le vieux tissu, on regarde ses pieds se balancer au-dessus de l'herbe. En fermant les yeux, on amène à soi les bruits des alentours, que l'on distingue sans mal : le chant permanent de la huppe, nichée dans un trou de mur, et le froissement lointain du feuillage des grands platanes, là-bas, de l'autre côté du champ. On se berce de tout cela. Le matin, très tôt, l'air froid est une caresse un peu trop franche : on frissonne, et l'on rentre vite s'asseoir autour du feu. C'est un pays de vacances.

Le labeur des agriculteurs, aux cultures permanentes, nous est étranger. Leurs tracteurs bruyants et leurs outils métalliques cognent quelque part, non loin de là ; on les entend à peine. On sortira parfois de la métairie, et on ira les saluer. Leurs mains noires seront peut-être occupées à changer une roue, à débloquer une charrue : on serrera leur poignet, alors, en guise de bonjour.

On reviendra ensuite dans la demeure pour déjeuner : on ne badine pas avec l'horaire des repas. Viendra le café, et chacun parlera à son tour. On débattra des histoires familiales, on saluera l'initiative de tel ou tel, avant de retourner à ses occupations.

Cet endroit, loin de tout, est aussi loin de chacun : cette maison, construite par des hommes, les dépasse tous aujourd'hui, et les accueille. C'est un havre de paix.

Carnets de l'Apocalypse, IV

IV – Attention.

Abandonnons dès maintenant ces idioties, laissons-les derrière : tout ce qui est fait n’est plus à faire. Ce mot même, l’Apocalypse, n’a plus cours, il n’était qu’un leurre pour attirer le chaland, un mot qui cogne le tympan et fait pencher la tête. Puisque le lecteur est en place, et n’a pas saisi un traître mot de ce qui vient de se dire, continuons. L’heure est à l’introspection. Les anecdotes sont nombreuses, il va falloir mettre tout cela dans un sac et s’en débarrasser une bonne fois pour toutes.

A l’image du maudit Comte, pauvre hère échoué à vingt-trois ans dans les entrailles d’un Paris inexistant à ses yeux, créons un héros. Lautréamont l’appelait Maldoror, et crachait à travers lui l’immense étendue de sa folie prétendue, l’immense désespoir qui était en fait le sien. Partons donc de là. Maldoror, deux siècles plus tard, a un fils. Il a hésité à lui donner un nom, car il aurait préféré le voir naître déjà mort.
L’enfant a vécu, et s’est trouvé un nom d’emprunt : Tristan. Appellation mythologique et littéraire, pompeuse, qui lui permet de se faire passer pour un autre, qu’il n’est pas, du moins pas tous les jours.

Tristan a hérité la sombre folie de son géniteur. A plusieurs reprises ils ont tenté de s’entretuer. Si l’architecture décalée de son esprit est totalement insondable, le fils sait au moins une chose avec certitude : il échappe en permanence à la méchanceté simpliste de son père. Mieux encore : il sait qu'il n'est pas mauvais.Il ne peut l’affirmer en y mettant ce poids effroyable, cette présence définitive, mais il le sent. Son inconstance, elle, ne fait aucun doute.

Tristan se déplace dans un univers qui n’appartient qu’à lui. Il parle aux objets métalliques et assure avoir le pouvoir les faire plier, à condition de le demander gentiment, et avec délicatesse. Il pose sa joue autour de lui pour sentir les vibrations du monde contre son visage. Il monte constamment. Cette obsession dérisoire, illusoire, est ancrée en lui, il monte et vise toujours derrière les cibles. Au-delà. Sa discussion paraît déstructurée aux esprits de passage, aux esprits du sol, qu’il méprise comme il méprise le beau.

Un matin, il se retrouve au pied d’un immeuble prêt à s’écrouler. Autour de lui, on s’affaire pour vider l’édifice de son contenu et sécuriser les lieux, car l’échéance approche. Les tiges de fer le sentent, le parquet tremble d’y penser, l’espace autour n’existe plus ; il n’y a plus que ce bloc vieux et laid, mais qui en a tant vu ! Ce n’est pas une démolition programmée, comme il en existe souvent, mais un évènement à venir tôt ou tard, entièrement tributaire du hasard. Une jeune fille passe devant lui, les bras chargés de couvertures et de draps. « Vous ne devriez pas rester ici, dit-elle. Venez. Le temps presse, et vos yeux ne semblent pas chercher la sortie de cette ruine. En restant ici vous serez broyé. Mais je n’insiste pas. » Le jeune homme ne réagit pas. Il regarde cette imprudente, et la voit enfin telle qu’elle est, telle qu’elle est née. Déterminée à se sortir de cet endroit, et inconsciente de l’effort qu’il va devoir fournir, lui, pour sauver sa vie. La sortie de l’immeuble est en vue, il n’y a que quelques pas à faire. Le bâtiment commence à grincer, mais les fondations tiendront encore quelques minutes, ou quelques heures. Pourtant, deux inconnues mathématiques sont devant ses yeux, tournoyantes, terribles d’évidence : Tristan n’a jamais su pourquoi il a choisi d’être ici à ce moment-là. Il n’a pas non plus en tête de raison profonde qui le pousserait à sauver sa vie. Dès lors, pourquoi courir ? C’est un homme de raison, un cartésien, que l’émotion n’écarte pas de ses délires théorémiques. Cette jeune fille devant lui ne lit pas dans ses pensées ; elle est strictement cloisonnée entre les quatre murs de sa boîte crânienne. Ses neurones, vivaces à la naissance, se connaissent par cœur et pourrissent d’être en permanence connectés les uns avec les autres.

C’est son monde, il n’a pas le temps de lui dire. Mais il sent déjà gonfler les veines de son cou : ce sont des serpents. Il est étouffé de l’intérieur, et ses efforts pour respirer sont vains. Il saute sur la jeune fille, la plaque au sol, et la mord au dessus du sein, là où il imagine être le cœur, dans un geste inconsidéré, presque malgré lui. Il se le dit : « Je suis un vampire. Elle est morte, moi pas. Mais quel est le prix de ce coup de dents ? Je suis contaminé par sa vie, dorénavant. » Et Tristan sort du bâtiment, il rit en passant devant les cargaisons de pompiers venus fêter la destruction d’une tour de plus. Il les voit, il s’approche, nu, le sang coule sur sa peau sèche et c’est un bain de jouvence. Ses pieds ne touchent plus terre. Posté devant un officier, il prend une pose ridicule, imitant Napoléon, la main dans un veston imaginaire et le port altier, malgré sa petite taille.

Il se met à cracher. Ses yeux sont fous et passionnés, il s’amuse, il jubile de la surprise de son auditoire. Il crache sur eux comme le ciel crache sur la Bretagne ; il n’a pas froid. Tristan, une heure plus tôt, était triste et perdu. A cette seconde, la nature entière ne sent rien d’autre que son existence, car il n’y a pas de précédent : il est immortel.

mercredi 6 février 2008

Un roi

Sur le front d'un troupeau d'enfants laids et rapeux,
était un inconnu. Son oeil, aux mornes flèches,
semblait aspirer l'air, se rire des âmes sèches,
et détenir l'espoir dans un bocal bulbeux.

Il était mal vêtu : il avait vu la guerre.
Il allait bras devant, sur cette énorme masse,
et disait des sonnets sur l'air des Boniface.
Artiste sans idée, ses mains étaient des serres.

Ses marmots sans conscience étaient, comme on le sait,
révérencieux terribles, de si pâles laquais,
qu'il aurait préféré parler avec des pins.

Certains l'avaient fait roi ; il était sans pitié.
Il était à la fois très fier et très mauvais,
ses yeux sentaient le soufre des gouffres anciens.