mardi 29 avril 2008

Le non-voyage

I.

Nous avons écouté, patiemment, tant de fois,
les récits passionnants de nos amis rentrés
de pays très lointains ! Nous avons vu les bois,
les odeurs et les mots qu'ils en ont rapportés,

et jamais nous n'avons détourné nos regards !
Il ne faut pas vexer qui ami qui raconte,
il faut le laisser dire, et quand il se fait fait tard,
demander encore plus, oublier le décompte

des heures qui nous pèsent ! Et quand on veut dormir,
il faut veiller ! D'ailleurs, il ne comprendrait pas
que nous n'écoutions pas ce qu'il veut bien nous dire,
il chante encore des villes et des femmes et des mâts.

II.

Vous, métropolitains permanents, nationaux
engoncés dans l'ennui de vos villes immenses,
Buvez ce fort breuvage, droit sorti des tonneaux
que nous avons volé aux arabes sans défense.

Regardez nos bronzages, admirez nos coiffures,
C'est la mode au Brésil, c'est ainsi au Japon,
Savez-vous qu'ils n'ont pas là-bas de vide-ordures ?
Eh, il faut voyager pour ne pas rester con !

Vous êtes silencieux : vous êtes captivé !
Par tout ce que j'amène et qui vous paraît grand,
et exotique, superbe ! Puisque vous insistez,
Je vous mets sous le nez mes photos des Balkans.

Il faut que je vous dise les drôles de manières
qu'ont les hommes là-bas ! Ils parlent un patois
qui vous aurait fait rire. Les femmes sont si fières,
qu'elles enferment leurs courbes en de gros draps de soie.

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